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Arabe littéral ou dialecte : quelle variante apprendre selon votre projet professionnel ?

L'arabe n'est pas une langue mais une situation de diglossie décrite dès 1959 : une variété standard, écrite et formelle, coexiste avec des dialectes qui sont les langues réellement parlées. Le Foreign Service Institute estime à 2 200 heures de cours intensifs l'atteinte d'un niveau professionnel en arabe standard, contre environ 720 heures pour le français. Aucune certification enregistrée en France n'évalue les dialectes : le DCLEP et le CIMA portent tous deux sur l'arabe standard. Le choix de la variante dépend donc moins d'une préférence que de l'usage visé — lire et écrire, ou parler à quelqu'un.

MA

Marcus Détrez

Le Journal LSI

12 min de lecture

Arabe littéral ou dialecte : quelle variante apprendre selon votre projet professionnel ?
Photo : ANTONI SHKRABA production (Pexels)

« J'apprends l'arabe » est une phrase qui ne dit presque rien. Elle ne précise pas si la personne étudie la langue des journaux télévisés et des contrats, ou celle qu'on parle à Casablanca, à Beyrouth ou à Dubaï — et ces deux objets ne s'apprennent ni au même rythme, ni avec les mêmes outils, ni pour les mêmes usages.

Cette ambiguïté n'est pas un détail de vocabulaire. Elle a un coût mesurable en heures, elle explique pourquoi le marché français de la certification ne propose qu'une moitié de la langue, et elle est la principale raison pour laquelle des apprenants motivés abandonnent après deux ans en constatant qu'ils ne comprennent pas une conversation de café.

Cette enquête regarde ce que disent les linguistes, les référentiels horaires, les statistiques scolaires françaises et les chiffres du commerce extérieur — plutôt que les brochures.

L'enquête en 30 secondes

Source : Le Journal LSI — voix de synthèse (prévisualisation)

Pourquoi les linguistes parlent-ils de diglossie et pas de dialectes ?

Le mot n'est pas une coquetterie académique. Il vient d'un article de 1959 du linguiste américain Charles A. Ferguson, publié dans la revue Word, qui a forgé le concept moderne de diglossie à partir de quatre cas d'école — et l'arabe en était le premier.

La diglossie décrit une situation où deux variétés d'une même langue coexistent avec des fonctions strictement réparties. L'une, dite « haute », s'apprend à l'école, sert à l'écrit, à l'administration, à la presse, au discours religieux et formel. L'autre, dite « basse », s'acquiert dans la famille, sert à tout le reste. Personne n'a pour langue maternelle la variété haute. Personne n'écrit spontanément la variété basse.

Ce qui distingue la diglossie arabe d'un simple continuum d'accents, c'est l'ampleur de l'écart. Les travaux d'Elinor Saiegh-Haddad, à l'université Bar-Ilan, ont mesuré ce qu'ils appellent la distance linguistique entre l'arabe parlé et l'arabe standard, et son effet sur des enfants arabophones natifs. Son étude publiée en 2003 dans Applied Psycholinguistics montre que des enfants de maternelle et de CP dont la langue maternelle est un dialecte arabe échouent davantage à identifier des phonèmes et à décoder des pseudo-mots lorsque ceux-ci relèvent de l'arabe standard et non de leur variété parlée.

Autrement dit : même pour un locuteur natif, l'arabe standard se comporte partiellement comme une langue seconde. Ses travaux plus récents, dont un article de 2025 dans Reading Research Quarterly, confirment la primauté de la langue parlée dans la compréhension écrite du standard. Un apprenant francophone qui commence par le littéral n'apprend donc pas « la base » : il apprend une variété que les natifs eux-mêmes doivent scolariser.

Que sait-on réellement de la distance entre les dialectes ?

C'est ici que l'enquête bute sur un manque. On répète partout qu'un Marocain et un Irakien ne se comprennent pas. La formule est plausible — les linguistes la tiennent pour acquise — mais les mesures expérimentales publiées sont rares.

L'étude la plus rigoureuse disponible ne porte d'ailleurs pas sur deux dialectes arabes, mais sur le maltais face à l'arabe tunisien et à l'arabe libyen de Benghazi. Publiée en 2016 dans Folia Linguistica par une équipe menée par Slavomír Čéplö, elle a fait passer à des locuteurs natifs un test d'intelligibilité en trois volets : classement sémantique de mots, traduction de phrases, questionnaire de compréhension sur un texte court.

Résultat : les locuteurs de tunisien et de libyen comprennent environ 40 % de ce qu'on leur dit en maltais, contre environ 30 % dans l'autre sens. L'intelligibilité est donc partielle et asymétrique, entre des variétés pourtant géographiquement voisines et issues du même rameau maghrébin.

Le maltais n'est pas un dialecte arabe au sens administratif — c'est une langue officielle de l'Union européenne. Mais l'expérience donne un ordre de grandeur utile : quand deux variétés de la même famille sémitique divergent depuis quelques siècles, la compréhension spontanée tombe sous la moitié. Rien n'autorise à supposer qu'un Marocain et un Koweïtien font mieux sans effort d'accommodation.

Combien d'heures les référentiels annoncent-ils vraiment ?

Le Cadre européen commun de référence pour les langues ne publie pas de barème horaire : il décrit des compétences, pas des durées. Le seul référentiel institutionnel qui chiffre l'effort est américain — celui du Foreign Service Institute, l'école de langues du département d'État, qui forme des diplomates depuis les années 1940.

Le FSI classe les langues en quatre catégories de difficulté pour un anglophone. L'arabe est en catégorie IV, la plus lourde, aux côtés du chinois, du japonais et du coréen : environ 88 semaines de formation intensive à temps plein, soit 2 200 heures de cours, pour atteindre le palier « Speaking-3 / Reading-3 » de l'échelle de l'Interagency Language Roundtable — une compétence professionnelle générale, située entre le haut du B2 et le bas du C1.

Heures de cours estimées pour atteindre un niveau professionnel général
  • Français (catégorie I)720 h

    24 à 30 semaines de formation à temps plein. Langue la plus proche de l'anglais avec l'espagnol et l'italien.

  • Allemand (catégorie II)900 h

    36 semaines. Différences grammaticales significatives avec l'anglais.

  • Russe (catégorie III)1 100 h

    44 semaines. Alphabet différent, morphologie casuelle.

  • Arabe (catégorie IV)2 200 h

    88 semaines. Catégorie dite super-hard, partagée avec le chinois, le japonais et le coréen. Le barème porte sur l'arabe standard, pas sur un dialecte.

Source : Foreign Service Institute, barème des catégories de difficulté linguistique, repris par Language Testing International (partenaire d'évaluation de l'ACTFL), consulté le 5 septembre 2026. Heures de cours intensifs à temps plein, pour un apprenant anglophone, visant le palier ILR Speaking-3 / Reading-3.

Deux réserves majeures accompagnent ce chiffre, et elles pèsent lourd.

La première : le barème décrit un anglophone. Il est couramment retourné pour estimer l'effort d'un francophone, ce qui suppose une symétrie que rien n'établit.

La seconde est plus dérangeante. Ces 2 200 heures portent sur l'arabe standard. Elles ne comprennent pas l'apprentissage d'un dialecte, qui constitue un second chantier lexical et phonologique. Le FSI le sait : ses programmes régionaux ajoutent des modules dialectaux après le tronc standard. Un apprenant qui veut à la fois lire un contrat et négocier dans un souk ne fait pas 2 200 heures. Il en fait davantage.

Quel est le poids économique réel des pays arabophones pour la France ?

L'argument commercial est celui que l'on entend le plus. Il est réel, mais plus modeste qu'annoncé, et il est très inégalement réparti.

Selon la Direction générale du Trésor, les échanges commerciaux entre la France et le Maroc ont atteint un record à 14,8 milliards d'euros en 2024, ce qui fait du Maroc le premier partenaire commercial de la France en Afrique. Le même document précise la proportion que la plupart des brochures oublient : le Maroc représente environ 1 % des échanges commerciaux de la France avec le monde.

Les échanges franco-algériens s'établissent à 11,1 milliards d'euros en 2024, en repli de 4,3 %, avec une structure très asymétrique : 4,8 milliards d'exportations françaises contre 6,3 milliards d'importations, dont les hydrocarbures forment l'essentiel.

Le mouvement le plus net vient du Golfe. Les échanges France-Émirats arabes unis passent de 8,5 milliards d'euros en 2024 à 10,8 milliards en 2025, avec un excédent commercial français de 8,6 milliards — le deuxième excédent bilatéral de la France dans le monde.

Échanges commerciaux bilatéraux France - principaux partenaires arabophones
  • Maroc (2024)14 800 M€

    Record historique. Premier partenaire commercial de la France en Afrique, soit environ 1 % des échanges français avec le monde.

  • Algérie (2024)11 100 M€

    En baisse de 4,3 % sur un an. 4,8 Md€ d'exportations françaises contre 6,3 Md€ d'importations, majoritairement des hydrocarbures.

  • Émirats arabes unis (2025)10 800 M€

    Contre 8,5 Md€ en 2024. Excédent commercial français de 8,6 Md€, deuxième excédent bilatéral de la France dans le monde.

Source : Direction générale du Trésor, fiches Relations économiques bilatérales (Maroc et Algérie, données 2024) et Les échanges commerciaux UAE-France (données 2025, page publiée le 8 juin 2026), à partir des statistiques des douanes françaises. Les millésimes diffèrent d'un pays à l'autre : la comparaison donne un ordre de grandeur, pas un classement à millésime constant.

Le rapport annuel 2025 des douanes françaises, publié le 6 février 2026, confirme la dynamique régionale : le solde commercial de la France avec le Proche et Moyen-Orient s'améliore de 8,3 milliards d'euros sur un an, porté par les Émirats arabes unis (+4,1 Md€), l'Arabie saoudite (+1,2 Md€) et le Qatar (+1,0 Md€). Les exportations aéronautiques françaises vers la zone ont plus que triplé en un an, soit 6,4 milliards d'euros de plus.

Ce que ces chiffres disent, en langage clair : la croissance est dans le Golfe, la profondeur historique est au Maghreb. Ce sont deux zones dialectales différentes, et la langue de travail y est loin d'être la même — l'anglais domine largement les échanges d'affaires à Dubaï et Abou Dhabi, le français reste massivement présent au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

Pourquoi la France forme-t-elle si peu d'arabisants ?

Voici le paradoxe le plus documenté de ce dossier. L'arabe dialectal est officiellement une langue de France : le rapport remis en avril 1999 par le linguiste Bernard Cerquiglini aux ministres de l'Éducation nationale et de la Culture recense 75 langues et l'inscrit parmi les cinq « langues non territoriales » du patrimoine national, avec le berbère, le yiddish, le romani chib et l'arménien occidental.

Dans le système scolaire, cette langue de France reste marginale. La note d'information n° 25.35 de la DEPP, publiée en juin 2025, range l'arabe littéral dans la catégorie fourre-tout des « autres langues » — avec le chinois, le russe et le japonais — qui ne concerne que 2,9 % des lycéens de la voie générale et technologique, en baisse de 0,4 point depuis 2020. Au premier degré, la même note constate que l'apprentissage de l'arabe « reste marginal ».

Les effectifs communiqués par le ministère et repris par la presse en mai 2025 donnent l'échelle : environ 18 000 élèves arabisants dans le second degré, 222 professeurs, 410 collèges et lycées proposant l'enseignement. Rapportés aux 5,636 millions d'élèves du second degré recensés par la DEPP à la rentrée 2024, ces 18 000 élèves représentent environ trois élèves sur mille.

L'arabe dans le système scolaire français
18 000
Élèves arabisants dans le second degré, contre 11 000 en 2017
410
Collèges et lycées proposant un enseignement d'arabe
222
Professeurs d'arabe en poste dans le second degré
5
Postes ouverts au CAPES externe d'arabe en 2025, contre 770 en anglais

Source : Ministère de l'Éducation nationale, chiffres communiqués en mai 2025 (élèves, professeurs, établissements) ; DEPP, Note d'Information n° 24.42, octobre 2024 (effectifs du second degré) ; arrêté du 27 novembre 2024 fixant la répartition des postes aux concours de professeurs certifiés, session 2025 (Légifrance).

Le chiffre du CAPES est le plus parlant. L'arrêté du 27 novembre 2024 ouvre cinq postes au concours externe d'arabe pour la session 2025, et deux au concours interne. Pour comparaison : 770 en anglais, 273 en espagnol, 101 en allemand, 18 en italien, 4 en chinois. L'offre scolaire d'arabe n'est pas contrainte par la demande des familles ; elle l'est par le nombre d'enseignants que l'État recrute.

Et c'est ici que les sources se contredisent, franchement. L'étude de référence sur les langues parlées en France — l'enquête Famille associée au recensement de 1999, exploitée par François Héran, Alexandra Filhon et Christine Deprez dans Population & Sociétés n° 376 — situait l'arabe comme patrimoine linguistique d'environ 3 % des adultes vivant en France. Les estimations reprises aujourd'hui dans la presse évoquent trois à quatre millions de locuteurs d'arabe dialectal, soit près du double en proportion.

L'écart n'est pas anodin et s'explique méthodologiquement : l'enquête de 1999 mesurait la transmission familiale déclarée par les adultes recensés, un périmètre étroit et désormais ancien ; les estimations actuelles agrègent des populations d'origine, ce qui n'équivaut pas à une compétence linguistique mesurée. Aucune enquête publique française récente ne mesure directement le nombre de locuteurs d'arabe dialectal. Les deux chiffres circulent, aucun n'est de la même nature, et la statistique publique n'a pas tranché.

Que valent les certifications d'arabe disponibles en France ?

Un apprenant qui veut faire reconnaître son niveau dispose en France de deux dispositifs enregistrés au Répertoire spécifique de France Compétences — donc mobilisables sur le compte personnel de formation.

Le premier est public : le Diplôme de compétence en langue étrangère professionnelle, version arabe, certifié par le ministère de l'Éducation nationale et enregistré sous la fiche RS5458 le 17 juin 2021, désormais reconduit sous une nouvelle fiche. Il évalue cinq activités langagières — écouter, lire, parler, écrire, interagir — sur une mise en situation professionnelle de deux heures et demie, et positionne le candidat de A2 à C1 sans qu'il ait à choisir son niveau à l'avance.

Le second est associatif : le Certificat international de maîtrise en arabe (CIMA), créé par l'Institut du monde arabe avec le Centre international d'études pédagogiques, lancé officiellement le 15 avril 2019 après une session pilote dans sept pays en 2018, enregistré au Répertoire spécifique sous la référence RS5355 et reconnu par l'association ALTE. Il couvre les six niveaux du CECRL, de A1 à C2.

Ces deux certifications ont un point commun décisif : elles portent exclusivement sur l'arabe standard moderne. La fiche du DCLEP mentionne l'arabe standard ; le CIMA se présente explicitement comme une évaluation de l'arabe standard moderne.

La conséquence est structurante et personne ne l'annonce à l'inscription : il n'existe, en France, aucune certification enregistrée qui atteste d'un niveau en darija marocaine, en arabe algérien, en libanais ou en émirien. Un apprenant peut donc devenir opérationnel dans la langue effectivement parlée par son interlocuteur sans disposer d'aucun moyen officiel de le prouver — et, inversement, obtenir un C1 certifié tout en restant incapable de suivre une conversation de bureau à Casablanca.

Alors, quelle variante choisir selon le projet ?

L'enquête ne permet pas de trancher dans l'absolu, mais elle permet d'éliminer les mauvaises questions. « Quelle variante est la plus utile ? » n'a pas de réponse. « Quelle variante correspond à l'acte que je dois accomplir ? » en a une.

Si l'acte est écrit ou formel — lire un contrat, une norme, une presse spécialisée, un appel d'offres, une décision de justice, suivre une conférence ou une émission d'information — le standard est le seul choix. C'est la seule variété écrite, la seule enseignée en France dans le second degré, la seule certifiable, et la seule commune à l'ensemble de l'espace arabophone. C'est aussi celle des institutions internationales : l'arabe est langue officielle des Nations unies depuis la résolution 3190 (XXVIII) du 18 décembre 1973, et l'organisation l'associe à plus de 400 millions de locuteurs quotidiens.

Si l'acte est oral et localisé — négocier, encadrer une équipe, faire du terrain, entretenir une relation — c'est le dialecte de la zone visée qui décide, et le standard n'y suffira pas. Un interlocuteur poli s'y adaptera partiellement, mais le registre restera celui de l'écrit lu à voix haute.

Si les deux actes sont au programme, la question n'est plus « lequel » mais « dans quel ordre », et l'ordre dépend de l'échéance. Le standard donne accès à l'écrit plus vite et sert de socle morphologique ; le dialecte donne accès aux gens plus vite et démobilise moins. Aucune recherche publiée ne départage les deux séquences en termes d'efficacité globale, et il faut le dire ainsi plutôt que d'habiller une intuition en méthode.

Le cadre institutionnel, lui, penche lourdement d'un côté : l'école française enseigne le littéral, les certifications évaluent le littéral, les référentiels horaires chiffrent le littéral. Le dialecte, langue la plus parlée dans les faits, n'existe dans aucun de ces trois systèmes.

Ce que cette enquête n'a pas pu établir

Quatre limites doivent être posées, et elles sont sérieuses.

Le barème horaire du FSI est un barème d'employeur, construit sur des diplomates américains sélectionnés, formés à temps plein en petits groupes. Il n'a pas la valeur d'une étude expérimentale contrôlée, il décrit un anglophone, et il n'existe aucun équivalent français publié pour l'arabe.

Les mesures d'intelligibilité disponibles portent sur le couple maltais-arabe maghrébin, pas sur les paires qui intéressent réellement un apprenant francophone — maghrébin contre golfe, ou maghrébin contre levantin. L'ordre de grandeur est transposable, la valeur précise ne l'est pas.

Les chiffres scolaires de l'arabe proviennent de communications ministérielles reprises par la presse, pas d'une publication statistique dédiée. La DEPP agrège l'arabe littéral avec le chinois, le russe et le japonais dans une catégorie « autres langues » qui empêche tout suivi fin. Une série publique annuelle des effectifs par langue rare rendrait ce dossier vérifiable ; elle n'existe pas sous cette forme.

Enfin, aucune donnée publique ne mesure ce que les entreprises françaises demandent réellement. On sait ce que la France échange avec les pays arabophones ; on ne sait pas dans quelle langue ces échanges se font. C'est précisément le chiffre qui trancherait le débat littéral contre dialecte, et il n'est produit par personne.

FAQ

Faut-il apprendre l'arabe littéral avant un dialecte ?

Aucune recherche publiée ne démontre la supériorité d'un ordre sur l'autre. Le littéral donne accès à l'écrit, à la presse et aux certifications, et constitue le socle morphologique commun ; le dialecte donne accès à la conversation réelle beaucoup plus tôt. Le critère utile est l'échéance de votre premier usage concret, pas une hiérarchie pédagogique de principe.

Combien d'heures faut-il pour apprendre l'arabe ?

Le Foreign Service Institute classe l'arabe en catégorie IV et estime à environ 88 semaines de formation intensive, soit 2 200 heures de cours, l'atteinte d'un niveau professionnel général — contre environ 720 heures pour le français. Ce barème vaut pour un apprenant anglophone et porte sur l'arabe standard seul, sans module dialectal.

Existe-t-il une certification reconnue en arabe dialectal ?

Non, pas en France. Les deux certifications enregistrées au Répertoire spécifique de France Compétences — le DCLEP arabe du ministère de l'Éducation nationale et le CIMA de l'Institut du monde arabe — évaluent l'une comme l'autre l'arabe standard moderne. Aucune ne délivre de niveau en darija, en libanais ou en émirien.

Combien d'élèves apprennent l'arabe en France ?

Environ 18 000 élèves du second degré, contre 11 000 en 2017, dans 410 collèges et lycées, avec 222 professeurs, selon les chiffres du ministère communiqués en mai 2025. Rapporté aux 5,636 millions d'élèves du second degré à la rentrée 2024, cela représente environ trois élèves sur mille. Cinq postes seulement étaient ouverts au CAPES externe d'arabe en 2025.

L'enquête en slides
« J'apprends l'arabe » ne veut rien dire. Il faut d'abord choisir entre la langue qu'on écrit et celle qu'on parle.
1. « J'apprends l'arabe » ne veut rien dire. Il faut d'abord choisir entre la langue qu'on écrit et celle qu'on parle.
Le linguiste Charles Ferguson a forgé le concept de diglossie en 1959 : deux variétés d'une même langue, aux fonctions strictement séparées. L'arabe en était le premier cas d'école.
2. Le linguiste Charles Ferguson a forgé le concept de diglossie en 1959 : deux variétés d'une même langue, aux fonctions strictement séparées. L'arabe en était le premier cas d'école.
Même pour un enfant arabophone natif, l'arabe standard se comporte en partie comme une langue seconde. C'est ce que mesurent les travaux d'Elinor Saiegh-Haddad depuis 2003.
3. Même pour un enfant arabophone natif, l'arabe standard se comporte en partie comme une langue seconde. C'est ce que mesurent les travaux d'Elinor Saiegh-Haddad depuis 2003.
Le Foreign Service Institute classe l'arabe en catégorie IV : 2 200 heures de cours intensifs pour un niveau professionnel, contre 720 heures pour le français.
4. Le Foreign Service Institute classe l'arabe en catégorie IV : 2 200 heures de cours intensifs pour un niveau professionnel, contre 720 heures pour le français.
Ces 2 200 heures ne portent que sur l'arabe standard. Aucun dialecte n'est compris dedans : c'est un second chantier, entier.
5. Ces 2 200 heures ne portent que sur l'arabe standard. Aucun dialecte n'est compris dedans : c'est un second chantier, entier.
France-Maroc : 14,8 milliards d'euros d'échanges en 2024, un record. Soit environ 1 % du commerce extérieur français, premier partenaire africain compris.
6. France-Maroc : 14,8 milliards d'euros d'échanges en 2024, un record. Soit environ 1 % du commerce extérieur français, premier partenaire africain compris.
France-Émirats arabes unis : 10,8 milliards d'euros en 2025 contre 8,5 en 2024. La croissance est dans le Golfe, la profondeur historique au Maghreb.
7. France-Émirats arabes unis : 10,8 milliards d'euros en 2025 contre 8,5 en 2024. La croissance est dans le Golfe, la profondeur historique au Maghreb.
Cinq. C'est le nombre de postes ouverts au CAPES externe d'arabe en 2025, contre 770 en anglais. L'offre scolaire est bornée par le recrutement, pas par la demande.
8. Cinq. C'est le nombre de postes ouverts au CAPES externe d'arabe en 2025, contre 770 en anglais. L'offre scolaire est bornée par le recrutement, pas par la demande.
Diglossie, heures réelles, certifications introuvables en dialecte : l'enquête complète et ses sources sont sur Le Journal LSI.
9. Diglossie, heures réelles, certifications introuvables en dialecte : l'enquête complète et ses sources sont sur Le Journal LSI.

Source : Le Journal LSI

Sources et références

19 références, normes APA 7eédition. Chaque chiffre cité dans l'enquête est rattaché à l'une d'elles.

  1. 01Cerquiglini, B. (1999, avril). Les langues de la France : rapport au ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, et à la ministre de la Culture et de la Communication. https://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/Rapport-Cerquiglini-1999.htm
  2. 02Čéplö, S., Bátora, J., Benkato, A., Milička, J., Pereira, C., & Zemánek, P. (2016). Mutual intelligibility of spoken Maltese, Libyan Arabic, and Tunisian Arabic functionally tested: A pilot study. Folia Linguistica, 50(2), 583-628. https://doi.org/10.1515/flin-2016-0021
  3. 03Direction générale des douanes et droits indirects. (2026, 6 février). Le chiffre du commerce extérieur — Analyse annuelle 2025. https://www.douane.gouv.fr/sites/default/files/2026-02/09/chiffre-comex-Analyse-Annuelle-2025.pdf
  4. 04Direction générale du Trésor. (2025, 27 février). Relations économiques bilatérales — Algérie. https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/DZ/relations-economiques-bilaterales
  5. 05Direction générale du Trésor. (2026, 8 juin). Les échanges commerciaux UAE-France — Émirats arabes unis. https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/AE/les-echanges-commerciaux-uae-france
  6. 06Direction générale du Trésor. (s. d.). Relations économiques bilatérales — Maroc. https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/MA/relations-economiques-bilaterales
  7. 07DEPP. (2024, octobre). Les effectifs dans le second degré : 5,636 millions d'élèves scolarisés à la rentrée 2024 (Note d'Information n° 24.42). Ministère de l'Éducation nationale. https://www.education.gouv.fr/depp/les-effectifs-dans-le-second-degre-5636-millions-d-eleves-scolarises-la-rentree-2024-452568
  8. 08DEPP. (2025, juin). L'enseignement des langues vivantes dans le second degré en 2024 (Note d'Information n° 25.35, P. Dieusaert). Ministère de l'Éducation nationale. https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/2025-06/depp-ni-2025-35-440487.pdf
  9. 09Ferguson, C. A. (1959). Diglossia. Word, 15(2), 325-340. https://doi.org/10.1080/00437956.1959.11659702
  10. 10France Compétences. (2021, 17 juin). RS5458 — Diplôme de compétence en langue étrangère professionnelle (DCLEP) — Arabe. https://www.francecompetences.fr/recherche/rs/5458/
  11. 11France Compétences. (2021). RS5355 — Certificat international de maîtrise en arabe (CIMA). https://www.francecompetences.fr/recherche/rs/5355/
  12. 12Héran, F., Filhon, A., & Deprez, C. (2002, février). La dynamique des langues en France au fil du XXe siècle. Population & Sociétés, 376. Ined. https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/la-dynamique-des-langues-en-france-au-fil-du-xxe-siecle/
  13. 13Institut du monde arabe. (2019). Certificat international de maîtrise en langue arabe (CIMA). https://www.imarabe.org/fr/certificat-international-maitrise-en-langue-arabe-cima
  14. 14Language Testing International. (s. d.). How long does it take to become proficient in a language? [barème du Foreign Service Institute]. https://www.languagetesting.com/how-long-does-it-take
  15. 15Légifrance. (2024, 27 novembre). Arrêté fixant au titre de l'année 2025 la répartition des postes offerts aux concours externes, concours internes et troisièmes concours de recrutement des professeurs certifiés. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050730228
  16. 16Nations unies, Assemblée générale. (1973, 18 décembre). Résolution 3190 (XXVIII) — Inclusion de l'arabe parmi les langues officielles et de travail de l'Assemblée générale et de ses grandes commissions. https://digitallibrary.un.org/record/191371
  17. 17Radio Orient. (2025, 28 mai). Quel est l'état de l'enseignement scolaire de l'arabe en France ? https://www.radioorient.com/quel-est-l-etat-de-l-enseignement-scolaire-de-l-arabe-en-france
  18. 18Saiegh-Haddad, E. (2003). Linguistic distance and initial reading acquisition: The case of Arabic diglossia. Applied Psycholinguistics, 24(3), 431-451. https://doi.org/10.1017/S0142716403000225
  19. 19Saiegh-Haddad, E. (2025). Diglossic and orthographic features of reading comprehension in Standard Arabic: The primacy of the spoken language. Reading Research Quarterly. https://doi.org/10.1002/rrq.598

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